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Comment engager une action devant le tribunal de commerce : guide pratique

Engager une action devant le tribunal de commerce suppose de maîtriser une séquence précise : vérification des conditions de compétence, mise en demeure, choix de la procédure, constitution du dossier et suivi de l'instance. Fondée sur les dispositions du Code de commerce relatives à l'organisation et à la compétence des juridictions consulaires, cette procédure engage des délais et des formalités qui, mal anticipés, peuvent compromettre l'issue d'un litige pourtant bien fondé.

En pratique, la direction juridique qui découvre qu'un partenaire commercial n'exécute pas ses obligations se retrouve face à une double question : par où commencer, et comment éviter les erreurs de procédure qui retardent ou fragilisent l'action ? Ce guide détaille chaque étape, des prérequis à la signification du jugement, en signalant les points de vigilance que nous observons le plus fréquemment dans nos dossiers.

Ce guide examine successivement : les conditions de compétence du tribunal de commerce, les démarches préalables à l'introduction de l'instance, le choix de la procédure adaptée, la constitution du dossier, le déroulement de l'audience, et les voies ouvertes après le jugement.

1. Quelles sont les conditions de compétence du tribunal de commerce ?

Le tribunal de commerce est compétent dès lors que le litige oppose des commerçants ou des sociétés commerciales et porte sur un acte de commerce. Les dispositions du Code de commerce définissent cette compétence matérielle : contestations relatives aux engagements entre commerçants, actes de commerce, sociétés commerciales et difficultés des entreprises. La compétence territoriale obéit à une règle de principe – le tribunal du lieu d'exécution de la prestation ou de livraison – mais les parties peuvent avoir désigné une juridiction contractuellement par une clause attributive de compétence.

Avant d'introduire une action, vérifier la compétence du tribunal est une étape non négociable. Dans notre pratique du contentieux commercial, nous observons que des demandes sont régulièrement déclarées irrecevables parce que le demandeur a saisi une juridiction de droit commun alors que le litige relevait du tribunal de commerce, ou inversement. La qualification de « commerçant » de chaque partie et la qualification d'« acte de commerce » de l'opération litigieuse doivent être établies dès l'analyse préliminaire.

Un second point mérite l'attention : la prescription commerciale. Les dispositions du Code de commerce fixent un délai de prescription propre aux obligations nées à l'occasion du commerce, distinct de la prescription de droit commun. Ce délai court à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'agir. Une demande formée après l'expiration de ce délai sera déclarée prescrite, quel que soit le bien-fondé au fond. Aucun chiffre précis n'est cité ici faute d'entrée correspondante dans le registre des faits vérifiés : renseignez-vous auprès de votre conseil sur le délai applicable à votre situation.

2. Quelles démarches préalables conduire avant de saisir le tribunal ?

La mise en demeure préalable n'est pas toujours une condition légale de recevabilité, mais elle est indispensable sur le plan stratégique et probatoire. Adressée par lettre recommandée avec accusé de réception, elle fixe le point de départ d'éventuels intérêts moratoires, démontre la bonne foi du demandeur et peut provoquer un règlement amiable qui évitera les coûts et les délais d'une procédure judiciaire. Dans notre pratique, nous recommandons que la mise en demeure soit précise : montant réclamé, base contractuelle ou légale, délai d'exécution accordé.

Au-delà de la mise en demeure, certaines conventions prévoient une clause de médiation ou de conciliation préalable obligatoire. Ignorer cette clause expose à une fin de non-recevoir. Le tribunal de commerce peut également, de sa propre initiative, proposer une mesure de conciliation. La vérification systématique des clauses de résolution des litiges dans le contrat litigieux fait partie du premier travail d'analyse.

Enfin, le dirigeant ou la direction juridique doit évaluer l'opportunité de l'action : solvabilité du débiteur, existence d'actifs saisissables, rapport coût-bénéfice de la procédure. Une action techniquement fondée mais menée contre un débiteur insolvable aboutit à un jugement inexécutable. Cette analyse de faisabilité économique précède toujours la décision d'ester en justice.

Vous souhaitez évaluer l'opportunité d'une action commerciale avant de saisir le tribunal ?

La procédure décrite ci-dessus vaut pour les situations courantes. Votre dossier suppose l'examen des actes, des délais et de la pratique des juridictions compétentes. Pour une analyse de votre situation au regard de la procédure devant le tribunal de commerce, écrivez-nous à contact@vernaylestang.com.

3. Comment choisir la procédure adaptée à votre litige commercial ?

Le tribunal de commerce offre plusieurs voies procédurales, chacune adaptée à une nature de litige et à un degré d'urgence. Le choix conditionne la rapidité de traitement et les garanties offertes au demandeur.

La procédure au fond constitue la voie ordinaire. Elle s'engage par une assignation délivrée par huissier de justice (commissaire de justice depuis la réforme des officiers ministériels), qui convoque le défendeur à une audience de conciliation ou directement à l'audience de jugement selon les juridictions. Cette procédure permet un examen complet du litige, avec échange de conclusions écrites, mais ses délais sont plus longs qu'en référé.

Le référé commercial permet d'obtenir une mesure provisoire – paiement d'une provision, désignation d'un expert, mesure conservatoire – lorsque l'obligation n'est pas sérieusement contestable ou lorsque le dommage est imminent. La condition d'urgence ou d'absence de contestation sérieuse doit être caractérisée dans l'assignation. L'ordonnance de référé est exécutoire de plein droit à titre provisoire.

L'injonction de payer offre une troisième voie, adaptée aux créances certaines, liquides et exigibles dont le montant est déterminé. La requête est présentée sans que le débiteur en soit informé ; le tribunal rend une ordonnance portant injonction de payer que le créancier fait signifier. Si le débiteur ne forme pas opposition dans le délai légal, l'ordonnance acquiert force exécutoire. C'est la procédure la plus rapide pour le recouvrement d'une créance commerciale incontestée.

Matrice de décision :

  • Créance certaine, liquide, exigible, non contestée → injonction de payer → délai court → risque de procédure faible
  • Litige portant sur l'exécution d'un contrat, montant ou responsabilité discutés → procédure au fond → délai moyen à long → instruction contradictoire complète
  • Urgence avérée ou provision nécessaire avant jugement → référé commercial → délai court → ordonnance provisoire, susceptible de recours
  • Expertise technique nécessaire pour établir le préjudice → référé expertise (avant ou pendant le fond) → mesure d'instruction préalable

4. Quels documents constituer pour le dossier de plaidoirie ?

La solidité d'une action devant le tribunal de commerce repose sur la qualité du dossier de pièces. Nous accompagnons régulièrement des directions juridiques dans la constitution de ce dossier, et l'expérience montre que les lacunes documentaires sont la première cause de faiblesse des demandes.

Les pièces fondamentales à rassembler sont les suivantes :

  • Le contrat ou les bons de commande constituant le titre de l'obligation litigieuse, avec toutes ses annexes et avenants
  • Les échanges écrits documentant l'inexécution ou le manquement allégué (courriels, lettres, comptes rendus de réunion)
  • La mise en demeure et l'accusé de réception, ou le constat d'échec de la tentative amiable
  • Les factures impayées avec justificatif de livraison ou d'exécution de la prestation
  • Tout document chiffrant le préjudice : devis de réparation, rapport d'expertise amiable, état de pertes d'exploitation
  • Les statuts et extrait Kbis récent de la société demanderesse, établissant sa qualité pour agir
  • Le pouvoir ou la délégation habilitant le signataire de l'assignation à représenter la société

Chaque pièce se voit attribuer un numéro (pièce n° 1, n° 2…) et figure dans un bordereau de communication de pièces. Les pièces sont communiquées au défendeur selon les règles du contradictoire : une pièce non communiquée avant l'audience ne peut être utilisée.

Vous avez déjà initié une démarche qui n'a pas abouti, ou vous souhaitez renforcer un dossier existant ?

Si une démarche antérieure a produit un résultat défavorable, un second regard permet d'identifier les leviers restants. Pour examiner l'application des règles procédurales à votre dossier commercial, contactez-nous à contact@vernaylestang.com.

5. Comment se déroule l'instance devant le tribunal de commerce ?

L'instance débute par la délivrance de l'assignation. Cet acte d'huissier (commissaire de justice) convoque le défendeur à comparaître à une date et devant une chambre déterminées. L'assignation contient l'exposé des faits, le fondement juridique de la demande et les pièces visées. Elle est ensuite placée au greffe, qui enrôle l'affaire et lui attribue un numéro de rôle.

L'audience d'introduction – parfois appelée audience de conciliation – est le premier contact avec la juridiction. Le juge peut tenter une conciliation entre les parties. À défaut d'accord, il fixe le calendrier de la mise en état : échange de conclusions et de pièces entre les parties selon un rythme contradictoire. Dans les affaires complexes, un juge rapporteur peut être désigné pour instruire le dossier avant l'audience de plaidoiries.

L'audience de plaidoiries est le moment où les avocats exposent oralement leurs arguments devant les juges consulaires. Le délibéré peut être immédiat ou différé. Le jugement, une fois rendu, est notifié aux parties par le greffe. Il doit être signifié par voie d'huissier pour faire courir les délais de recours.

Sur la représentation : devant le tribunal de commerce, les parties peuvent, selon les affaires, comparaître en personne ou se faire représenter par un avocat ou un mandataire habilité. En pratique, pour les litiges d'une certaine complexité, la représentation par un avocat est vivement recommandée : les règles de procédure, la formulation des demandes et la gestion du contradictoire requièrent une maîtrise technique que la direction juridique seule ne peut assumer dans le contexte d'une instance contentieuse.

Dans notre pratique récente (Bordeaux, printemps 2025), nous avons accompagné une société de distribution dans la gestion d'un litige portant sur la rupture brutale d'une relation commerciale établie. Nous avons structuré le dossier probatoire, rédigé les conclusions et représenté la société à l'audience de plaidoiries, permettant à la direction juridique de se concentrer sur la continuité de l'activité pendant la durée de l'instance.

6. Quelles erreurs fréquentes éviter pour ne pas fragiliser votre action ?

L'expérience de l'accompagnement de directions juridiques en contentieux commercial révèle des erreurs récurrentes, évitables dès lors qu'elles sont anticipées.

Première erreur : agir sans vérifier la prescription. Une demande formée après l'expiration du délai de prescription applicable au litige commercial est irrecevable, quelles que soient les chances au fond. La prescription doit être vérifiée en premier lieu, avant même la mise en demeure.

Deuxième erreur : négliger la clause de résolution préalable des litiges. Une clause de médiation ou de conciliation obligatoire, ignorée, entraîne une fin de non-recevoir que le défendeur soulèvera sans manquer. Lire le contrat avant d'agir n'est pas une formalité.

Troisième erreur : formuler des demandes imprécises. Le tribunal de commerce ne peut statuer que sur ce qui lui est demandé (principe de la demande). Une demande trop large, mal chiffrée ou fondée sur plusieurs bases alternatives sans hiérarchisation affaiblit la position du demandeur et complique le délibéré.

Quatrième erreur : communiquer les pièces tardivement. Une pièce communiquée trop près de l'audience peut être écartée des débats si le défendeur n'a pas eu le temps d'y répondre. La communication anticipée des pièces est un acte de bonne procédure et de respect du contradictoire.

Cinquième erreur : omettre de signifier le jugement. Un jugement favorable non signifié ne fait pas courir le délai d'appel du défendeur, mais ne permet pas non plus l'exécution forcée dans les meilleures conditions. La signification doit intervenir rapidement après la notification par le greffe.

Lors d'un dossier récent (Nantes, automne 2024), nous avons été saisis après qu'une société avait introduit une action sans avoir préalablement respecté une clause de médiation stipulée dans son contrat-cadre de distribution. Nous avons géré la phase de médiation imposée par le tribunal, préservé les droits de notre cliente et repris ensuite l'instance au fond dans des conditions procédurales régularisées.

7. Que faire après le jugement : voies de recours et exécution

Un jugement du tribunal de commerce peut faire l'objet d'un appel devant la cour d'appel compétente, dans un délai fixé par les dispositions du Code de procédure civile à compter de la signification du jugement. L'appel a en principe un effet suspensif, sauf si le jugement a été assorti de l'exécution provisoire – ce qui est désormais le régime de principe depuis la réforme de la procédure civile. Pour une analyse détaillée de la procédure d'appel d'un jugement commercial, consultez notre page dédiée à l'appel d'un jugement commercial.

Si le défendeur n'exécute pas volontairement le jugement, l'exécution forcée s'opère par les voies du droit commun : saisie-attribution sur comptes bancaires, saisie-vente de biens mobiliers, inscription d'hypothèque judiciaire. Ces mesures sont mises en œuvre par un commissaire de justice muni du titre exécutoire. La rapidité d'action après le jugement est déterminante si le débiteur est en difficulté financière.

Dans certains cas, notamment lorsque la relation commerciale est internationale ou que le contrat contient une clause compromissoire, la voie arbitrale peut constituer une alternative ou un complément à la procédure judiciaire. Pour aller plus loin sur les conditions et étapes de l'action devant le tribunal de commerce, consultez également notre guide sur les étapes, conditions et délais de l'action commerciale.

8. Check-list : ce qu'il faut préparer avant d'engager une action

Avant de confier l'assignation à un commissaire de justice, assurez-vous que les éléments suivants sont en ordre :

  • Vérification de la compétence matérielle et territoriale du tribunal de commerce envisagé
  • Contrôle du délai de prescription applicable et de sa non-expiration à la date d'introduction
  • Lecture exhaustive du contrat litigieux : clause attributive de compétence, clause de médiation ou conciliation préalable, clause de limitation de responsabilité
  • Mise en demeure préalable envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception, avec fixation d'un délai de réponse
  • Constitution du dossier de pièces numérotées et du bordereau de communication correspondant
  • Évaluation de la solvabilité du défendeur et identification des actifs saisissables
  • Choix de la procédure (fond, référé, injonction de payer) en fonction de la nature et de l'urgence du litige

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Questions fréquentes

1. Engager une action devant le tribunal de commerce : comment procéder en pratique ?
Engager une action devant le tribunal de commerce suppose de suivre une séquence précise fondée sur les dispositions du Code de commerce : vérifier la compétence matérielle et territoriale, adresser une mise en demeure, choisir la procédure adaptée (fond, référé ou injonction de payer), constituer un dossier de pièces numérotées et délivrer une assignation par commissaire de justice. La représentation par un avocat est fortement recommandée pour les litiges d'une certaine complexité, en raison des exigences procédurales du contradictoire et de la formulation des demandes.
2. Quels sont les prérequis avant d'engager une action devant le tribunal de commerce ?
Avant d'introduire une action, trois prérequis sont à vérifier : la qualité de commerçant des parties et la qualification d'acte de commerce de l'opération litigieuse (compétence matérielle du tribunal), la non-expiration du délai de prescription commerciale applicable, et le respect de toute clause de résolution préalable des litiges stipulée dans le contrat (médiation ou conciliation obligatoire). L'omission de l'un de ces éléments expose à une fin de non-recevoir, indépendamment du bien-fondé de la demande au fond.
3. Quels délais et conditions respecter pour agir devant le tribunal de commerce ?
Les conditions à respecter relèvent principalement des dispositions du Code de commerce et du Code de procédure civile : délai de prescription propre aux obligations commerciales (à vérifier selon la nature exacte du litige), délai de signification de l'assignation avant l'audience, et – en cas d'appel – délai de recours courant à compter de la signification du jugement. Ces délais sont de rigueur : leur inobservation entraîne l'irrecevabilité ou la forclusion. Il est conseillé de les identifier dès l'ouverture du dossier.
4. Peut-on agir seul devant le tribunal de commerce sans avocat ?
La représentation par avocat n'est pas obligatoire devant le tribunal de commerce pour toutes les affaires, contrairement à ce qui prévaut devant les juridictions de droit commun. Les parties peuvent comparaître en personne ou se faire représenter par un dirigeant ou un mandataire habilité par les statuts. En pratique, pour les litiges portant sur des montants significatifs ou impliquant des questions juridiques complexes, la direction juridique gagne à confier la procédure à un avocat spécialisé : la maîtrise du contradictoire, la rédaction des conclusions et la gestion des incidents de procédure exigent une expérience spécifique du contentieux commercial.
5. Quelle est la différence entre référé et procédure au fond devant le tribunal de commerce ?
La procédure au fond permet un examen complet et définitif du litige, avec échange de conclusions et jugement ayant autorité de chose jugée ; elle convient aux litiges dont les faits et le droit sont contestés. Le référé commercial permet d'obtenir une mesure provisoire – provision, expertise, mesure conservatoire – lorsque l'urgence est caractérisée ou que l'obligation n'est pas sérieusement contestable ; l'ordonnance de référé est exécutoire mais ne tranche pas le fond du litige. Les deux procédures peuvent se combiner : un référé expertise précède souvent l'introduction d'une action au fond.

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