Répondre à une demande de complément de la DG Trésor : la méthode et les points de vigilance
Un dossier de contrôle des investissements étrangers en France peut sembler complet le jour de son dépôt. Quelques semaines plus tard, la Direction générale du Trésor (DG Trésor) adresse à l'investisseur une demande de complément : pièces manquantes, clarifications sur la structure de l'actionnaire ultime, informations supplémentaires sur l'activité de la cible dans un secteur sensible. Cette demande suspend le délai d'instruction. Sa gestion conditionne l'issue de la procédure.
Répondre à une demande de complément de la DG Trésor désigne la démarche formelle par laquelle un investisseur étranger communique, dans le cadre de la procédure d'autorisation prévue par le Code monétaire et financier, les éléments additionnels requis par l'administration afin que l'instruction puisse reprendre. À compter de mars 2026, la DG Trésor maintient une appréciation exigeante sur la complétude des dossiers dans les secteurs soumis à contrôle. Une réponse lacunaire ou tardive risque d'allonger significativement les délais d'autorisation, voire d'exposer l'investisseur à un refus ou à une demande d'engagement renforcé.
Ce guide présente la méthode pas-à-pas pour répondre à une demande de complément : prérequis, séquencement, documents attendus, erreurs à éviter. Il s'adresse aux investisseurs étrangers et à leurs directions juridiques qui franchissent cette étape pour la première fois ou qui souhaitent consolider leur approche.
Qu'est-ce qu'une demande de complément dans la procédure d'autorisation Bercy ?
Une demande de complément correspond à une notification formelle de la DG Trésor invitant l'investisseur à compléter ou à préciser son dossier d'autorisation déposé en application des dispositions du Code monétaire et financier relatives au contrôle des investissements étrangers en France. Elle intervient pendant la phase d'instruction et a pour effet de suspendre le délai réglementaire d'instruction jusqu'à réception des éléments demandés.
L'administration dispose d'une marge d'appréciation étendue pour qualifier les informations jugées insuffisantes. Dans notre pratique, nous observons que les demandes de complément portent le plus souvent sur trois catégories d'éléments : la chaîne de détention de l'investisseur jusqu'à l'actionnaire ultime, la description précise des activités de la cible dans les secteurs sensibles identifiés par les textes, et les engagements envisagés par l'investisseur pour répondre aux préoccupations de l'administration.
Il est essentiel de comprendre que la demande de complément n'est pas une sanction ni un signal négatif. Elle signifie que l'instruction est active. Une réponse bien construite renforce la crédibilité du dossier et peut contribuer à accélérer l'obtention de l'autorisation d'investissement étranger en France.
Quels sont les prérequis avant de formuler votre réponse ?
Avant de rédiger la moindre réponse, trois prérequis organisationnels s'imposent. Leur absence est la principale source de délais évitables, que nous constatons régulièrement dans les dossiers qui nous sont soumis après un premier traitement interne.
Premier prérequis : localiser et lire intégralement la demande. La lettre de la DG Trésor énumère les pièces et clarifications attendues. Certains items sont formulés de manière générale (« préciser la structure de gouvernance ») ; d'autres sont très précis (« fournir les comptes audités des trois derniers exercices de la société-mère ultime »). Une lecture cursive expose à des réponses partielles.
Deuxième prérequis : identifier le délai de réponse imparti. La lettre précise la durée dont dispose l'investisseur pour répondre. Ce délai est à lire en jours calendaires. Son dépassement relance un cycle d'instruction qui peut affecter substantiellement le calendrier de closing de l'opération.
Troisième prérequis : constituer l'équipe de réponse. La demande de complément mobilise le conseil juridique, la direction financière (pour les données comptables), la direction opérationnelle (pour la description des activités sensibles) et, le cas échéant, des conseils locaux dans la juridiction d'origine de l'investisseur, en coordination avec des spécialistes français du contrôle des investissements étrangers.
Une fois ces prérequis satisfaits, le travail de fond peut commencer selon la séquence décrite ci-après. Pour approfondir les bonnes pratiques et les erreurs à éviter dans ce type de réponse, notre guide dédié en dresse un panorama complet.
Pour analyser votre demande de complément et organiser une réponse structurée
La procédure de contrôle des investissements étrangers en France suppose une lecture précise des attentes de la DG Trésor. Votre dossier mérite un examen adapté à sa situation. Pour un premier avis sur votre dossier, adressez-nous un message à contact@vernaylestang.com.
Comment séquencer la réponse, étape par étape ?
La méthode repose sur six étapes successives. Chacune conditionne la qualité de la suivante. Brûler une étape produit des réponses en silo qui ne convainquent pas l'administration de la cohérence d'ensemble du dossier.
- Analyser chaque item de la demande et le classer par nature. Distinguez les demandes documentaires (pièces à fournir), les demandes d'éclaircissement (réponses argumentées) et les demandes d'engagement (propositions de mesures que l'investisseur s'engage à respecter si l'autorisation est accordée). Chaque catégorie appelle un traitement différent.
- Effectuer un audit interne de disponibilité des éléments. Pour chaque item, identifiez si le document existe, s'il doit être créé, traduit ou authentifié. Dresser un tableau de pilotage avec responsable et délai interne est indispensable dès lors que plusieurs intervenants participent à la réponse.
- Rédiger une note de synthèse introductive. La réponse à la DG Trésor ne se limite pas à une liasse de pièces. Elle s'accompagne d'une note structurée qui reprend chaque item de la demande, y répond de manière directe et renvoie aux annexes correspondantes. Cette note est le premier document que l'instructeur lira.
- Construire les réponses argumentées sur les points sensibles. Lorsque la demande porte sur la nature des activités dans un secteur soumis à contrôle, la réponse doit s'appuyer sur des éléments factuels (contrats, flux, organigrammes fonctionnels) et sur une analyse juridique des dispositions applicables du Code monétaire et financier. Une affirmation non étayée ne convainc pas l'administration.
- Formuler les engagements, si la demande en requiert. Les engagements proposés par l'investisseur doivent être réalistes, mesurables et contrôlables. La DG Trésor peut conditionner l'autorisation à leur respect, voire désigner un mandataire chargé d'en vérifier l'exécution. Un engagement trop vague sera rejeté ; un engagement trop contraignant pèsera durablement sur l'opération.
- Assembler le dossier final et le transmettre dans les délais. Le dossier complet (note de synthèse + pièces + annexes numérotées) est transmis à la DG Trésor par voie dématérialisée selon les modalités précisées dans la lettre de demande. Conservez la preuve de transmission et l'accusé de réception.
Mise en pratique – Paris, hiver 2025
Nous avons accompagné un groupe industriel nord-américain qui avait déposé un dossier d'autorisation pour la prise de contrôle d'une société française opérant dans un secteur soumis à déclaration préalable. La DG Trésor a adressé une demande de complément portant sur la chaîne de détention de l'investisseur ultime et sur les flux commerciaux avec des entités liées à des États tiers. Nous avons structuré la réponse en cinq jours ouvrés : note de synthèse introductive, tableau de correspondance item-par-item, pièces traduites et apostillées, et proposition d'un engagement de reporting annuel. L'instruction a repris dans les délais attendus.
Quels documents faut-il préparer pour répondre à la DG Trésor ?
La liste des documents varie selon la nature de la demande et le secteur concerné. Certains éléments reviennent néanmoins dans la quasi-totalité des dossiers de complément que nous traitons. Nous les avons organisés par catégorie pour faciliter la préparation.
Documents relatifs à la structure de l'investisseur :
- Organigramme détaillé de la chaîne de détention jusqu'à l'actionnaire personne physique ou à l'entité souveraine ultime, avec indication des pourcentages de détention et des droits de vote.
- Certificat d'incorporation et statuts de chaque entité intermédiaire, accompagnés d'une traduction assermentée en français lorsque les documents sont rédigés dans une autre langue.
- Comptes annuels des entités significatives de la chaîne de détention pour les derniers exercices disponibles.
- Déclarations ou autorisations obtenues dans d'autres juridictions pour la même opération, le cas échéant.
Documents relatifs à l'activité de la cible :
- Description précise et documentée des activités exercées dans les secteurs sensibles visés par le contrôle, avec cartographie des flux, des contrats clients et des infrastructures concernées.
- Liste des contrats en cours avec des entités publiques ou des opérateurs d'importance vitale, dès lors que ces contrats concernent les activités soumises à autorisation.
- Toute information relative aux systèmes d'information, aux données traitées ou aux habilitations de sécurité détenues par la cible.
Documents relatifs aux engagements proposés (le cas échéant) :
- Projet d'engagement rédigé en termes précis, avec indicateurs de suivi et calendrier de mise en œuvre.
- Identification du représentant de l'investisseur responsable du suivi des engagements au sein de la cible.
Quelles erreurs fréquentes faut-il absolument éviter ?
Dans notre pratique des dossiers de contrôle des investissements étrangers en France, plusieurs erreurs reviennent de manière récurrente dans les réponses à une demande de complément de la DG Trésor. Les identifier en amont réduit significativement le risque d'une seconde demande de complément ou d'un allongement de l'instruction.
Répondre partiellement. Certains investisseurs choisissent de répondre aux items qu'ils jugent simples et de différer les plus complexes, avec l'intention d'envoyer un complément ultérieur. La DG Trésor attend une réponse globale et cohérente. Un dossier fragmenté donne une impression de maîtrise insuffisante du dossier et allonge le dialogue.
Sous-estimer la précision attendue sur la chaîne de détention. L'administration s'intéresse à l'actionnaire ultime, y compris lorsque la structure comporte de nombreux niveaux d'interposition. Une réponse qui s'arrête à la holding de tête sans remonter jusqu'à la personne physique ou à l'entité souveraine de contrôle sera jugée incomplète.
Proposer des engagements intenables. Les engagements offerts à la DG Trésor dans le cadre de l'autorisation Bercy ont une valeur contraignante. Un engagement de maintien de l'emploi formulé de manière absolue sur un horizon non défini, ou une restriction d'accès aux données sans mécanisme de contrôle opérationnel, sera soit refusé, soit retenu sous une forme qui pourra peser sur l'opération pendant plusieurs années.
Omettre les documents de tiers. Lorsque la demande porte sur des entités tierces liées à l'investisseur (fonds de pension, co-investisseur, LP significant), il appartient à l'investisseur de les collecter et de les produire. L'administration n'accepte pas le motif « nous ne disposons pas de ces informations » pour une entité sur laquelle l'investisseur exerce une influence.
Négliger la forme. La DG Trésor attend un dossier ordonné, avec une numérotation cohérente des annexes, une note de couverture et un index. Un dossier désorganisé, même complet sur le fond, ralentit le travail de l'instructeur.
Mise en pratique – Bordeaux, printemps 2025
Nous avons été saisis par une société de capital-investissement européenne qui avait transmis une première réponse à une demande de complément sans l'appui d'un conseil spécialisé. La DG Trésor avait formulé une deuxième demande portant sur les mêmes items, avec des exigences plus précises. Nous avons repris le dossier, restructuré la chaîne de documentation relative aux co-investisseurs, et rédigé un mémoire de clarification sur la qualification des activités de la cible. L'instruction a pu se conclure dans un délai raisonnable à compter de cette seconde réponse.
Un second regard sur votre réponse à la DG Trésor
Si une première démarche a produit une deuxième demande de complément ou un dialogue tendu avec l'administration, un examen indépendant du dossier permet d'identifier les leviers restants. Pour examiner l'application des dispositions du contrôle des investissements étrangers en France à votre opération, contactez-nous à contact@vernaylestang.com.
Quels délais et conditions respecter tout au long de la procédure ?
Le cadre procédural du contrôle des investissements étrangers en France, tel qu'organisé par le Code monétaire et financier, prévoit des délais d'instruction qui sont suspendus pendant la période de complément. Leur gestion est donc directement liée à la qualité et à la rapidité de la réponse de l'investisseur.
La lettre de demande de complément précise le délai imparti à l'investisseur pour répondre. Ce délai est ferme. À son expiration sans réponse, la DG Trésor peut poursuivre l'instruction sur la base des éléments en sa possession, ce qui peut conduire à des conditions d'autorisation plus contraignantes ou à un refus.
Une fois la réponse transmise, le délai d'instruction reprend. Dans notre pratique, nous accompagnons régulièrement des investisseurs qui sous-estiment l'impact du temps de traitement interne sur le respect du délai de réponse : la collecte de documents dans plusieurs juridictions, les traductions assermentées et les validations de gouvernance prennent du temps. Il convient d'anticiper ces étapes dès réception de la lettre de la DG Trésor.
La procédure d'autorisation Bercy s'inscrit dans un régime plus large de contrôle des secteurs sensibles. Les évolutions récentes des pratiques contentieuses et des relations commerciales montrent que la vigilance sur les délais procéduraux s'étend bien au-delà de la seule phase d'autorisation initiale.
Check-list opérationnelle : ce qu'il faut préparer avant d'envoyer votre réponse
Avant toute transmission à la DG Trésor, vérifiez systématiquement les éléments suivants. Cette liste ne prétend pas à l'exhaustivité : elle couvre les vérifications les plus fréquemment omises dans les dossiers de complément.
- La note de synthèse introductive reprend explicitement chaque item de la demande et y répond de manière directe, avec renvoi aux annexes numérotées.
- La chaîne de détention est documentée jusqu'à l'actionnaire personne physique ou à l'entité souveraine ultime, sans lacune dans les niveaux d'interposition.
- Tous les documents étrangers sont accompagnés d'une traduction assermentée en français (et, le cas échéant, apostillés ou légalisés selon la juridiction d'origine).
- Les engagements proposés sont formulés de manière précise, mesurable et contrôlable, avec identification du responsable de leur suivi au sein de la cible.
- La preuve de transmission et l'accusé de réception sont archivés dès l'envoi.
Matrice de décision : quelle approche selon votre situation ?
La situation de l'investisseur au moment de la réception de la demande de complément détermine l'approche à retenir.
Situation A – Dossier initial complet, demande de complément portant sur un point documentaire circonscrit (traduction manquante, pièce de gouvernance) : réponse documentaire directe, sans mémoire argumenté. Délai de préparation interne : bref, sous réserve de disponibilité des documents. Niveau de risque procédural : faible si la pièce est fournie sans délai.
Situation B – Demande de complément portant sur la qualification des activités dans un secteur sensible ou sur la structure de l'actionnaire ultime : réponse argumentée avec mémoire juridique et pièces probatoires. Délai de préparation interne : plus substantiel, en raison de la collecte multi-juridictionnelle et de la rédaction du mémoire. Niveau de risque procédural : modéré à élevé selon la sensibilité du secteur ; une réponse insuffisante peut conduire à une deuxième demande de complément.
Situation C – Demande portant sur des engagements à proposer : réponse combinant analyse opérationnelle (faisabilité des engagements) et rédaction juridique des clauses d'engagement. Délai de préparation interne : variable selon la complexité des mesures envisagées. Niveau de risque procédural : élevé, car les engagements acceptés deviennent contraignants pendant toute la durée de l'autorisation.
Domaines liés
- Demande d'autorisation d'investissement étranger en France – constitution du dossier initial, qualification des seuils et dépôt auprès de la DG Trésor
- Répondre à une demande de complément : erreurs à éviter et bonnes pratiques – panorama des écueils les plus fréquents et des réponses adaptées
Questions fréquentes
1. Répondre à une demande de complément de la DG Trésor : comment procéder en pratique ?
2. Quels sont les prérequis avant de répondre à une demande de complément de la DG Trésor ?
3. Quels délais et conditions respecter pour répondre à une demande de complément ?
4. La DG Trésor peut-elle formuler une deuxième demande de complément ?
5. Les engagements proposés dans la réponse peuvent-ils être modifiés après l'autorisation ?
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