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Nouvelles obligations environnementales des immeubles tertiaires : à anticiper

Un immeuble de bureaux acquis il y a dix ans, exploité sans modification majeure depuis lors : à première vue, une situation stabilisée. En pratique, le cadre réglementaire environnemental applicable aux immeubles tertiaires évolue de façon significative, et les directions immobilières qui n'ont pas encore cartographié leurs obligations s'exposent à des difficultés opérationnelles et patrimoniales croissantes.

Les nouvelles obligations environnementales des immeubles tertiaires désignent l'ensemble des exigences issues du droit de la construction et de l'énergie qui imposent aux propriétaires et aux occupants de bâtiments à usage tertiaire de réduire leur consommation d'énergie finale selon des paliers successifs fixés par les textes réglementaires. Ces obligations, ancrées dans le Code de la construction et de l'habitation ainsi que dans la réglementation issue de la loi relative à l'énergie et au climat, constituent un engagement de résultat progressif et non une simple obligation de moyens.

Cette note décrypte le périmètre exact des immeubles concernés, les obligations concrètes qui s'imposent, les risques juridiques attachés au non-respect de ces règles et les actions qu'une direction immobilière doit engager sans délai – que l'entreprise soit propriétaire occupant, bailleur ou preneur à bail.

Quel périmètre d'immeubles entre dans le champ de ces obligations ?

Le dispositif couvre les bâtiments ou parties de bâtiments existants hébergeant des activités tertiaires, dès lors que la surface de plancher dépasse un seuil fixé par les textes réglementaires. Sont visées les activités de commerce, de services, d'administration, d'enseignement, de santé, d'hébergement et de logistique, parmi d'autres catégories définies par décret. Le critère d'assujettissement est donc lié à la destination et à la surface du bâtiment, non au secteur d'activité du locataire.

Dans notre pratique du droit immobilier d'entreprise, nous observons que la délimitation du périmètre soulève régulièrement des questions d'interprétation : un immeuble mixte (bureaux et logements) est assujetti au dispositif pour les seules parties tertiaires, à condition que leur surface atteigne le seuil réglementaire. De même, un ensemble de bâtiments appartenant à un même maître d'ouvrage peut être traité de manière consolidée si les textes le prévoient. La qualification doit être conduite bâtiment par bâtiment, en s'appuyant sur les permis de construire, les états descriptifs de division et les états des surfaces.

Les constructions neuves relevant d'une vente en l'état futur d'achèvement (VEFA) intègrent ces contraintes dès leur conception, les réglementations thermiques et environnementales applicables à la construction neuve étant plus exigeantes encore. Pour les immeubles existants, c'est le dispositif d'obligation de réduction de consommation énergétique dans le tertiaire qui s'applique prioritairement. La évolution du droit de la promotion immobilière a renforcé ces exigences sur l'ensemble du cycle de vie du bâtiment.

Ce qui change concrètement : les obligations nouvelles imposées aux propriétaires et aux occupants

Le dispositif réglementaire impose une réduction progressive de la consommation d'énergie finale des bâtiments tertiaires assujettis, mesurée par rapport à une année de référence. Cette obligation est exprimée soit en valeur relative (pourcentage de réduction par rapport à la consommation de référence), soit en valeur absolue (niveau de consommation cible au mètre carré). C'est au maître d'ouvrage ou à l'assujetti de choisir la modalité la plus adaptée à la situation de son bâtiment.

Concrètement, les obligations nouvelles se déclinent selon plusieurs volets :

  • L'obligation de déclaration annuelle de la consommation d'énergie finale du bâtiment sur la plateforme nationale dédiée (OPERAT, gérée par l'ADEME), assortie d'un identifiant propre à chaque bâtiment assujetti.
  • L'obligation d'atteindre des paliers de réduction à des échéances successives fixées par les textes réglementaires – des paliers intermédiaires puis un palier final à horizon 2050.
  • L'obligation d'établir un plan d'actions si les consommations constatées n'atteignent pas les objectifs, avec identification des travaux envisagés et calendrier prévisionnel.
  • La communication de données permettant à l'autorité administrative de contrôler la conformité aux objectifs déclarés.

Les propriétaires et les occupants (preneurs) sont tous deux assujettis, chacun dans le périmètre de ses prérogatives. Cette dualité d'assujettissement est l'une des sources de tension les plus fréquentes que nous rencontrons : les baux commerciaux existants ne comportent pas toujours de répartition contractuelle claire des obligations environnementales, ce qui génère des incertitudes quant au responsable de la déclaration et de l'atteinte des objectifs.

Votre patrimoine tertiaire est-il conforme ?

La répartition contractuelle des obligations entre bailleur et preneur est un point de vigilance immédiat pour toute direction immobilière. Pour une analyse de votre situation au regard des nouvelles obligations environnementales des immeubles tertiaires, écrivez-nous à contact@vernaylestang.com.

Quelles sont les conséquences juridiques du non-respect de ces obligations ?

Le non-respect des obligations déclaratives et des objectifs de consommation est susceptible d'engager la responsabilité civile et administrative de l'assujetti. Les textes prévoient une procédure de mise en demeure par l'autorité administrative compétente, suivie de sanctions en cas de persistance du manquement. La publication d'une liste des bâtiments non conformes – le mécanisme dit de « name and shame » – constitue une sanction reputationnelle distincte des sanctions pécuniaires.

Sur le plan du droit des baux, les obligations et conformité environnementales influencent désormais plusieurs dimensions de la relation locative :

  • La valorisation à la sortie du bail : un immeuble dont la performance énergétique est insuffisante voit sa valeur vénale affectée, ce qui pèse sur les clauses de valeur locative lors du renouvellement.
  • Les clauses obligatoires de bail : les textes encouragent – et dans certains cas imposent – l'intégration d'une annexe environnementale dans les baux commerciaux portant sur des surfaces significatives. Cette annexe organise le partage des données et la coordination des actions entre bailleur et preneur.
  • Les délais de congé et de renouvellement : le non-respect d'obligations environnementales peut interférer avec la délivrance du local en état conforme et ouvrir des discussions sur l'étendue des obligations du bailleur lors de l'échéance du bail.

La jurisprudence des tribunaux de commerce et des cours d'appel en matière de baux commerciaux commence à intégrer ces questions. Si la jurisprudence constante n'a pas encore pleinement stabilisé les règles de répartition de la charge entre bailleur et preneur, les premières décisions illustrent que l'absence de clause environnementale dans un bail peut donner lieu à des contentieux sur l'imputation des coûts de mise en conformité.

Du point de vue fiscal, la valorisation des actifs immobiliers tertiaires est directement affectée par leur performance environnementale. La fiscalité immobilière applicable – notamment en matière d'impôt sur les sociétés, de TVA et de droits de mutation – doit être appréhendée en tenant compte de l'impact des travaux de rénovation sur la qualification comptable et fiscale des dépenses engagées. Un crédit-bail immobilier portant sur un immeuble tertiaire soumis à ces obligations suppose une lecture attentive des engagements contractuels au regard du cadre réglementaire.

Une démarche antérieure insuffisante ?

Si une déclaration a déjà été déposée ou qu'un plan d'actions a été initié sans accompagnement juridique, un second regard permet d'identifier les angles morts restants et de sécuriser la démarche. Contactez-nous à contact@vernaylestang.com.

À partir de quand et selon quel calendrier ces règles s'appliquent-elles ?

Le dispositif réglementaire est entré en vigueur progressivement, avec une première obligation déclarative applicable depuis plusieurs exercices pour les bâtiments assujettis. Les paliers successifs de réduction des consommations sont échelonnés à des horizons intermédiaires puis à horizon 2050, selon une trajectoire fixée par les textes réglementaires publiés au Journal officiel.

Nous accompagnons régulièrement des directions immobilières qui découvrent, lors d'un audit de leur parc, que certains bâtiments n'ont pas encore fait l'objet d'un enregistrement sur la plateforme déclarative ou que les données soumises sont incomplètes. Cet écart entre l'entrée en vigueur effective des obligations et la mise en conformité opérationnelle des entreprises constitue l'un des risques les plus immédiats que nous identifions dans notre pratique.

Lors d'un accompagnement récent (Bordeaux, début 2026), nous avons assisté une foncière de taille intermédiaire dans la mise en conformité de son parc tertiaire avec les obligations déclaratives, en structurant la coordination contractuelle entre les différents preneurs et en sécurisant l'annexe environnementale des baux renouvelés. La démarche a permis d'identifier plusieurs bâtiments pour lesquels des travaux d'isolation et de remplacement des équipements de chauffage étaient à programmer sur la période à venir.

Le calendrier d'entrée en vigueur des paliers successifs est connu. Il appartient aux directions immobilières d'établir, dès à présent, une cartographie de leur parc au regard de chaque échéance réglementaire, afin d'éviter que des travaux urgents ne soient engagés dans des conditions dégradées, à coût plus élevé et sans optimisation fiscale.

Comment les baux commerciaux existants doivent-ils être adaptés ?

Les baux commerciaux existants ont dans leur grande majorité été rédigés avant que les nouvelles obligations environnementales des immeubles tertiaires n'atteignent leur niveau actuel de précision. Ils comportent rarement une répartition contractuelle détaillée des obligations déclaratives, des engagements de consommation et des responsabilités respectives en cas de manquement.

L'annexe environnementale – parfois dénommée bail vert – est l'instrument contractuel par lequel bailleur et preneur organisent leurs engagements réciproques en matière de performance énergétique. Pour les surfaces dépassant un certain seuil fixé par les textes du Code de commerce, cette annexe est obligatoire. Son contenu doit couvrir a minima la communication réciproque de données de consommation, la programmation des travaux dont chaque partie a la charge et les modalités de révision des engagements.

Dans notre pratique, les négociations de renouvellement de bail sont désormais l'occasion systématique de revisiter ces clauses. Trois configurations pratiques se dégagent :

  • Le preneur unique occupe l'intégralité de l'immeuble : la répartition des obligations est plus simple à organiser contractuellement, mais le propriétaire doit veiller à ce que le bail comporte une obligation de communication des données de consommation permettant de renseigner la plateforme OPERAT.
  • L'immeuble est multi-locataires : la coordination des déclarations, la consolidation des données et la répartition des coûts de travaux supposent une rédaction contractuelle fine, souvent articulée autour d'un règlement de copropriété ou d'un règlement de charges de l'immeuble.
  • Le preneur est assujetti à titre propre (surface suffisante pour être directement redevable) : le bail doit reconnaître cette responsabilité propre et prévoir les modalités de transmission d'information du bailleur vers le preneur.

Quelles actions la direction immobilière doit-elle engager sans délai ?

Face au caractère progressif mais inéluctable de ces obligations, la passivité constitue un risque patrimonial et opérationnel. Les actions à conduire s'organisent selon une séquence logique, indépendante de la nature de l'acteur (propriétaire, bailleur ou preneur).

La première étape consiste à établir une cartographie précise du parc assujetti : identification des bâtiments concernés par leur destination et leur surface, vérification de leur enregistrement sur la plateforme déclarative, et comparaison des consommations déclarées avec les objectifs réglementaires applicables à chaque palier.

La deuxième étape concerne la révision ou la mise à jour des baux commerciaux. Chaque bail arrivant à renouvellement, chaque nouvelle prise à bail, chaque cession d'immeuble doivent être traités comme une opportunité de sécuriser contractuellement la répartition des obligations environnementales. La vente d'immeuble tertiaire impose désormais une attention particulière lors de la rédaction des actes : les déclarations environnementales en cours, les plans d'actions ouverts et les obligations résiduelles constituent des éléments de garantie et de déclaration que les parties doivent intégrer explicitement.

La troisième étape est la planification des travaux, en lien étroit avec les conseils techniques, pour calibrer les interventions au regard des paliers successifs – tout en optimisant leur traitement fiscal (déductibilité ou activation en fonction de la nature des dépenses et du régime fiscal de l'entité propriétaire).

Matrice de décision – situations courantes :

Situation A (propriétaire-occupant, immeuble assujetti, consommation conforme au palier en cours) : obligation déclarative active sur OPERAT, plan d'actions à établir pour les paliers futurs, révision fiscale des dépenses de maintenance → risque faible à moyen.

Situation B (bailleur, bail sans annexe environnementale, consommation non conforme) : risque de contentieux locatif au renouvellement, exposition aux sanctions administratives, nécessité de renégocier l'annexe et de programmer les travaux → risque élevé, action immédiate recommandée.

Situation C (preneur sur surface dépassant le seuil d'assujettissement direct, pas de déclaration déposée) : exposition directe aux sanctions, obligation de coordonner avec le bailleur pour l'accès aux données du bâtiment → risque élevé, dialogue contractuel et déclaratif à ouvrir sans délai.

Situation D (cession d'immeuble tertiaire envisagée) : nécessité d'intégrer l'état des obligations environnementales dans les déclarations de l'acte de vente, d'en tenir compte dans la valorisation et de traiter le sujet dans les garanties → dimension transactionnelle à anticiper en phase de diligences.

L'article sur l'encadrement des opérations de M&A que les entreprises doivent anticiper illustre comment la conformité environnementale d'un actif immobilier s'intègre désormais systématiquement dans les diligences de cession.

Check-list « ce qu'il faut préparer »

  • Cartographier le parc tertiaire assujetti : surface de plancher, destination, état des enregistrements sur la plateforme déclarative.
  • Vérifier la conformité des déclarations déjà déposées et l'adéquation des données de consommation transmises.
  • Auditer les baux commerciaux en cours : présence ou absence d'annexe environnementale, répartition contractuelle des obligations déclaratives et des coûts de travaux.
  • Planifier les travaux nécessaires au regard des paliers successifs, avec leur traitement fiscal (déductibilité ou activation).
  • Réviser systématiquement les projets de bail au renouvellement ou à la nouvelle prise à bail pour intégrer les clauses obligatoires relatives aux obligations environnementales.

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Questions fréquentes

1. Qui est concerné par les nouvelles obligations environnementales des immeubles tertiaires ?
Sont concernés les propriétaires et les occupants de bâtiments existants hébergeant des activités tertiaires – bureaux, commerces, services, enseignement, santé, hébergement – dès lors que la surface de plancher dépasse le seuil fixé par les textes réglementaires. L'obligation s'impose à titre principal à celui qui dispose du droit d'usage du bâtiment, mais le propriétaire reste redevable des obligations déclaratives portant sur les parties communes et les équipements dont il a la charge. Les entités publiques et privées sont traitées sans distinction dès lors que le bâtiment répond aux critères d'assujettissement.
2. Quelles nouvelles obligations cela implique-t-il ?
Ces obligations comprennent la déclaration annuelle de la consommation d'énergie finale du bâtiment sur la plateforme nationale (OPERAT), l'atteinte de paliers de réduction des consommations à des horizons successifs fixés par les textes, l'établissement d'un plan d'actions en cas d'écart avec les objectifs, et l'intégration d'une annexe environnementale dans les baux commerciaux portant sur des surfaces significatives. La conformité aux obligations et la déclaration constituent des obligations de résultat, non de simples démarches de bonne foi.
3. À partir de quand ces règles s'appliquent-elles ?
Le dispositif est entré en vigueur de manière progressive, avec des obligations déclaratives actives depuis plusieurs exercices pour l'ensemble des bâtiments assujettis. Les paliers de réduction des consommations sont échelonnés à des horizons intermédiaires et à l'horizon 2050, selon une trajectoire définie par les textes réglementaires publiés au Journal officiel. Le calendrier est d'ores et déjà connu dans ses grandes lignes ; c'est la capacité des directions immobilières à s'y préparer qui conditionne le niveau de risque effectif.
4. Comment le bail commercial doit-il intégrer ces obligations ?
Le bail commercial doit comporter une annexe environnementale organisant la communication réciproque des données de consommation, la programmation des travaux dont chaque partie a la charge et les modalités de suivi des objectifs réglementaires. Pour les surfaces dépassant le seuil fixé par le Code de commerce, cette annexe est obligatoire. Les baux existants dépourvus de telles clauses sont exposés à des contentieux lors de leur renouvellement, notamment sur l'imputation des coûts de mise en conformité entre bailleur et preneur.
5. Quelle est la conséquence d'un non-respect sur la vente d'un immeuble tertiaire ou une VEFA ?
Lors de la vente d'un immeuble tertiaire, l'état des obligations environnementales – déclarations déposées, plans d'actions ouverts, conformité aux paliers en vigueur – constitue un élément d'information que le cédant doit intégrer dans ses déclarations et dans les garanties de l'acte. Un immeuble non conforme pèse sur sa valeur vénale et peut faire l'objet de demandes de réfaction du prix ou d'engagements de travaux mis à la charge du vendeur. Pour les opérations en VEFA, les réglementations thermiques et environnementales applicables à la construction neuve intègrent ces exigences dès la conception, et tout écart à la livraison expose le promoteur à des recours de l'acquéreur.

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