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Préparer une procédure d'arbitrage CCI : étapes, conditions et délais

Préparer une procédure d'arbitrage CCI désigne l'ensemble des diligences précontentieuses et procédurales qui permettent de soumettre un litige commercial au Règlement d'arbitrage de la Chambre de commerce internationale, depuis la vérification de la clause compromissoire jusqu'à la constitution du tribunal arbitral. En France, ce mécanisme s'inscrit dans le cadre du droit de l'arbitrage tel que codifié dans le Code de procédure civile, et la compétence de la CCI pour administrer la procédure est distincte de celle du tribunal arbitral lui-même pour statuer sur le fond. Bien piloté, il offre à la direction juridique une voie prévisible et structurée – à condition d'en maîtriser la séquence dès le premier acte.

Au cours des dossiers que nous traitons, nous observons régulièrement que les difficultés ne naissent pas de la procédure elle-même, mais de son déclenchement : clause rédigée de façon approximative, tentative préalable de règlement amiable mal documentée, demande d'arbitrage lacunaire. Ce guide pas-à-pas présente les conditions de déclenchement, la procédure étape par étape, les erreurs fréquentes et la check-list opérationnelle que nous soumettons à chaque dossier.

Quelles sont les conditions préalables à une procédure d'arbitrage CCI ?

La première condition pour engager une procédure d'arbitrage CCI est l'existence d'une convention d'arbitrage valable – clause compromissoire insérée dans le contrat ou compromis conclu après la naissance du litige – qui désigne expressément ou par référence le Règlement de la CCI. Sans ce socle conventionnel, la CCI déclinera prima facie la compétence et le dossier sera renvoyé aux juridictions étatiques.

Plusieurs vérifications s'imposent avant toute demande :

  • La clause couvre-t-elle le type de litige considéré (garantie d'actif et de passif, inexécution contractuelle, réclamation indemnitaire) ?
  • Les parties signataires sont-elles celles qui entendent agir ou contre lesquelles on agit, ou faut-il vérifier la transmission de la clause en cas de cession ?
  • Le siège de l'arbitrage est-il déterminé ou déterminable ? En l'absence de précision, la CCI le fixe elle-même.
  • La loi applicable à la clause est-elle différente de la loi de fond ? Cette dissociation, fréquente en arbitrage international, conditionne l'appréciation de la validité.
  • Le contrat prévoit-il une étape de règlement amiable préalable obligatoire (clause de médiation ou d'escalade) ? Sa non-observation peut constituer une fin de non-recevoir provisoire.

Dans notre pratique des dossiers transfrontaliers, la lecture attentive de la clause d'arbitrage occupe une part importante du travail préparatoire. Une clause dite « pathologique » – incomplète, contradictoire ou ambigu – génère systématiquement un débat incident sur la compétence, qui retarde la constitution du tribunal et alourdit les coûts. Nous anticipons ce point avant le dépôt de toute demande.

Sur le terrain de la prescription, les délais applicables à l'action commerciale sont régis par les dispositions du Code de commerce et du Code civil relatives à la prescription des actions commerciales. La date d'introduction de la demande d'arbitrage interrompt la prescription dans les conditions prévues par ces textes. Il est donc essentiel de ne pas laisser courir les délais pendant la phase de tentative amiable, notamment en obtenant une suspension conventionnelle documentée.

Vous analysez une clause d'arbitrage et souhaitez évaluer la solidité du fondement procédural ?

La procédure décrite ci-dessus vaut pour les situations courantes. Votre dossier suppose l'examen des actes, des délais et de la pratique des juridictions compétentes.

Pour une analyse de votre clause et de vos conditions de déclenchement, écrivez-nous à contact@vernaylestang.com.

Quels documents rassembler avant de rédiger la demande d'arbitrage ?

La demande d'arbitrage CCI doit être accompagnée d'un ensemble de pièces dont le défaut ou l'incomplétude fragilise la procédure dès son ouverture. En pratique, nous conseillons à la direction juridique de constituer ce dossier documentaire avant même de finaliser la stratégie contentieuse.

Les documents fondamentaux sont :

  • Le contrat principal contenant la clause compromissoire, avec toutes ses annexes et avenants.
  • Les échanges documentant la naissance du litige : courriers de mise en demeure, notifications formelles, procès-verbaux de réunion.
  • La preuve de la tentative de règlement amiable préalable, si le contrat en prévoit une (procès-verbal de médiation, échanges d'offre et de refus daté).
  • Les pièces établissant le quantum de la demande : factures, expertises privées, calculs de préjudice.
  • Les actes constitutifs et les justificatifs de représentation des parties : extrait du registre du commerce, pouvoirs, délégations de signature.
  • Tout accord postérieur au contrat affectant le litige (protocole, accord de confidentialité, novation).

Nous observons que la qualité de cette documentation initiale conditionne largement la crédibilité de la position de la demanderesse lors de la première conférence de gestion de cas. Un dossier bien structuré accélère la phase de constitution du tribunal et réduit les échanges procéduraux non substantiels.

Comment rédiger et déposer la demande d'arbitrage CCI ?

La demande d'arbitrage constitue l'acte introductif d'instance devant la CCI : elle doit contenir les informations minimales fixées par le Règlement d'arbitrage de la CCI, à savoir les noms et coordonnées des parties, l'exposé de la nature et des circonstances du litige, la ou les demandes, la clause d'arbitrage visée, la liste des arbitres proposés (si le tribunal est composé d'un seul arbitre, la désignation éventuelle, sinon la nomination du co-arbitre), et les éléments relatifs au siège, à la langue et à la loi applicable.

Deux précautions pratiques s'imposent :

  • La désignation du co-arbitre dans la demande elle-même : en cas de tribunal à trois membres, le demandeur doit nommer son arbitre dans la demande. L'omission retarde la constitution.
  • Le paiement de la provision : la CCI ne transmet pas la demande au défendeur tant que la provision pour frais n'a pas été réglée. Ce calendrier doit être anticipé dans le budget de l'opération.

Après dépôt, le Secrétariat de la CCI vérifie la complétude de la demande et la transmet au défendeur, qui dispose d'un délai pour répondre et formuler ses propres demandes reconventionnelles éventuelles. La détermination du lieu de dépôt (numérique ou physique selon la pratique en vigueur) et de la langue de la demande engage la procédure jusqu'à la sentence.

Quelles sont les étapes de constitution du tribunal arbitral CCI ?

La constitution du tribunal arbitral est l'étape qui conditionne l'ensemble du calendrier procédural : aucun acte de procédure substantiel ne peut intervenir avant que la CCI ait confirmé les arbitres et que le tribunal soit constitué. Cette phase peut prendre plusieurs semaines à plusieurs mois selon la complexité de la composition et les éventuelles récusations.

La séquence est la suivante :

  1. Le demandeur nomme son co-arbitre dans la demande ; le défendeur fait de même dans sa réponse.
  2. Les deux co-arbitres s'accordent sur le choix du président du tribunal ; à défaut, la CCI procède à la désignation.
  3. La CCI vérifie l'indépendance et l'impartialité de chaque arbitre pressenti (déclarations d'indépendance, révélation de conflits potentiels).
  4. La CCI confirme la constitution et notifie les parties.
  5. Le tribunal tient une première conférence de gestion de cas pour établir le calendrier procédural et l'acte de mission.

L'acte de mission est une particularité du Règlement CCI : il fixe les demandes des parties, les questions à trancher et le périmètre du tribunal. Dans notre pratique des arbitrages commerciaux internationaux, nous portons une attention particulière à la rédaction des questions soumises au tribunal lors de cette étape, car elles délimitent le champ de la sentence.

Vous avez déjà déposé une demande ou êtes en phase de constitution du tribunal ?

Si une démarche antérieure a produit un résultat défavorable, un second regard permet d'identifier les leviers restants.

Pour examiner l'application du Règlement CCI à votre opération, contactez-nous à contact@vernaylestang.com.

Quelles erreurs éviter lors de la préparation d'une procédure d'arbitrage CCI ?

Les erreurs les plus courantes dans la préparation d'une procédure d'arbitrage CCI sont rarement d'ordre technique ; elles relèvent le plus souvent d'une sous-estimation des exigences procédurales initiales ou d'une précipitation dans le déclenchement.

Nous accompagnons régulièrement des directions juridiques confrontées aux situations suivantes :

  • Clause compromissoire imprécise ou silencieuse sur le siège : cette lacune peut donner lieu à un débat sur la compétence que le tribunal devra trancher en priorité, retardant l'examen du fond.
  • Tentative de règlement amiable conduite sans traçabilité écrite, rendant difficile la démonstration de son accomplissement lorsque le contrat en prévoit l'obligation.
  • Désignation du co-arbitre omise dans la demande initiale, entraînant un délai supplémentaire de régularisation.
  • Demande rédigée de façon trop générale, sans chiffrage du préjudice ni qualification juridique suffisante, ce qui affaiblit la position du demandeur dès le premier échange.
  • Méconnaissance de la règle de double exequatur pour la reconnaissance de la sentence arbitrale dans l'État d'exécution, en particulier lorsque les actifs sont situés hors de France.

Sur ce dernier point, la reconnaissance et l'exécution d'une sentence arbitrale étrangère en France relèvent des dispositions du Code de procédure civile relatives à l'arbitrage international, qui ont été alignées sur les standards de la Convention de New York. La sentence bénéficie d'une présomption de régularité, mais le débiteur peut contester l'exequatur devant les juridictions françaises dans des cas limitativement énumérés.

Exemple de situation traitée

Lors d'une opération récente (Bordeaux, printemps 2025), nous avons accompagné une entreprise de distribution dans l'analyse d'une clause d'arbitrage CCI insérée dans un contrat de licence internationale. La clause présentait une ambiguïté sur le siège et la langue de la procédure. Nous avons formalisé un mémorandum de position préalable au dépôt, permettant d'orienter la stratégie de désignation des arbitres et d'éviter un incident de compétence en phase initiale.

Comment se déroule la phase écrite et la phase orale devant le tribunal arbitral CCI ?

Une fois le tribunal constitué et l'acte de mission signé, la procédure se déroule en deux temps principaux : la phase d'échange des mémoires et la phase d'audience, dont le calendrier est fixé par ordonnance de procédure.

La phase écrite comprend généralement :

  • Un mémoire en demande complet (statement of claim), accompagné des pièces et des rapports d'experts éventuels.
  • Un mémoire en défense (et demande reconventionnelle éventuelle) du défendeur.
  • Une réplique du demandeur, puis une duplique du défendeur selon le calendrier arrêté.

La phase orale permet aux parties d'interroger les témoins et experts, et de plaider. Dans les arbitrages commerciaux complexes, la direction juridique doit anticiper la coordination entre les témoins de fait et les experts techniques ou financiers, dont les rapports sont produits selon un calendrier parallèle aux mémoires.

Pour les affaires impliquant des mesures conservatoires urgentes parallèles à l'arbitrage – gel d'actifs, saisie conservatoire –, les dispositions du Code de procédure civile permettent de solliciter le juge étatique de l'urgence en parallèle de la procédure arbitrale, sans que cette démarche emporte renonciation à la convention d'arbitrage. Nous détaillons ce point dans notre guide sur le référé commercial et les mesures conservatoires.

Check-list opérationnelle : ce qu'il faut préparer avant de déposer la demande

La direction juridique qui prépare une procédure d'arbitrage CCI doit réunir et valider les éléments suivants avant tout dépôt :

  • Clause compromissoire analysée : validité, portée, conformité au Règlement CCI, absence de clause pathologique.
  • Accomplissement documenté de la phase amiable préalable, si stipulée.
  • Dossier documentaire complet : contrat, annexes, correspondances, pièces justificatives du préjudice.
  • Identification et pré-sélection du co-arbitre à désigner dans la demande (profil, déclaration d'indépendance anticipée).
  • Budget prévisionnel des frais d'arbitrage CCI (provision, frais d'avocats, frais d'expertise) validé par la direction financière.

La matrice de décision ci-dessous illustre les principales configurations :

Situation A – Clause CCI complète, litige quantifiable, parties identifiées : dépôt direct de la demande d'arbitrage → constitution du tribunal en priorité → acte de mission → calendrier procédural. Niveau de risque procédural : faible.

Situation B – Clause CCI incomplète ou ambiguë : analyse préalable de la clause, mémorandum de position, éventuelle saisine du président du tribunal de commerce pour désignation d'un arbitre d'urgence si nécessaire → demande avec réserves sur la compétence. Niveau de risque procédural : modéré à élevé selon le degré d'ambiguïté.

Situation C – Litige transfrontalier avec actifs hors France : vérification de l'adhésion de l'État d'exécution à la Convention de New York → stratégie d'exequatur anticipée → coordination avec des conseils locaux dans la juridiction concernée. Niveau de risque procédural : variable selon la juridiction d'exécution.

Pour approfondir la méthode et les points de vigilance spécifiques, notre guide sur la méthode et les points de vigilance en arbitrage CCI développe ces aspects.

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Questions fréquentes

1. Préparer une procédure d'arbitrage CCI : comment procéder en pratique ?
Préparer une procédure d'arbitrage CCI requiert de vérifier l'existence et la validité de la clause compromissoire visant le Règlement d'arbitrage de la CCI, de documenter le litige et la tentative de règlement amiable préalable si stipulée, de constituer le dossier de pièces, puis de rédiger la demande d'arbitrage en y désignant le co-arbitre et en s'acquittant de la provision pour frais. Chaque étape conditionne la suivante : une demande incomplète suspend la transmission au défendeur jusqu'à régularisation.
2. Quels sont les prérequis avant de préparer une procédure d'arbitrage CCI ?
Les prérequis sont au nombre de trois : une convention d'arbitrage valable désignant expressément le Règlement CCI, l'identification sans ambiguïté des parties à l'arbitrage et la vérification que leur litige entre dans le champ de la clause, et – le cas échéant – l'accomplissement d'une étape préalable de règlement amiable si le contrat en prévoit l'obligation. À ces conditions s'ajoute la surveillance des délais de prescription, que l'introduction de la demande d'arbitrage interrompt conformément aux dispositions du Code de commerce et du Code civil.
3. Quels délais et conditions respecter pour une procédure d'arbitrage CCI ?
Les délais applicables résultent à la fois du contrat (délai de la phase amiable préalable), du Règlement d'arbitrage de la CCI (délai de réponse du défendeur, délai de constitution du tribunal) et du droit français de la prescription pour les actions commerciales. En pratique, la constitution du tribunal peut prendre plusieurs semaines à quelques mois selon la complexité de la composition ; l'acte de mission est signé avant tout examen du fond ; la durée totale de la procédure varie selon la complexité du litige et le calendrier arrêté par le tribunal.
4. La direction juridique peut-elle piloter seule une procédure d'arbitrage CCI sans avocat ?
Le Règlement d'arbitrage de la CCI n'impose pas la représentation par un avocat, mais la pratique constante des procédures administrées montre que la complexité des échanges procéduraux – rédaction de la demande, désignation des arbitres, acte de mission, mémoires – justifie le recours à un conseil expérimenté. La direction juridique qui pilote seule la procédure expose la société à des risques d'irrecevabilité partielle ou de défaut dans la constitution du tribunal.
5. Comment la sentence arbitrale CCI est-elle reconnue et exécutée en France ?
La reconnaissance et l'exécution d'une sentence arbitrale CCI en France s'opèrent par la voie de l'exequatur devant le tribunal judiciaire compétent, selon les dispositions du Code de procédure civile relatives à l'arbitrage international. La sentence bénéficie d'une présomption de régularité ; le débiteur peut s'y opposer dans des cas limitativement prévus par les textes, notamment l'ordre public international. Pour les sentences dont l'exécution est recherchée hors de France, la Convention de New York de 1958 constitue le cadre de référence dans les États signataires. Pour en savoir plus sur les aspects fiscaux et patrimoniaux liés aux opérations transfrontalières, consultez notre actualité sur l'évolution du régime des plus-values professionnelles.

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